mercredi 1 décembre 2010

Matt K. Shrugg - Gone Ashtray


Matt K. Shrugg - Hallow Scene by thelightcarrier


La petite vermine qu'il te faut avoir écoutée avant que ta panse n'explose, tant quand le froid piquant te tient encore éveillé, avant que tu ne te baffres dans les restes du festin enguirlandé. On va dans la joie et la bonne humeur, se cisailler la commissure des lèvres avec une corde de Mi, possible, car pour une fois ça pue vraiment le garage. On t'introduit le bordel dans une oreille et l'arrache par l'autre côté. On bouffe le cendrier en mâchant bien chaque mégot. Peut-être peux-tu encore danser, profites-en. Le bal de fin d'année se joue dans une cave polluée, saturée de fumigènes. Ah ça, on gigote, c'est bancal mais on se trémousse les dents serrées, et c'est Chuck Berry lo-fi fini à la pisse qui se la joue free skull music en éventrant le saxophone.

jeudi 18 novembre 2010

Deathspell Omega - Paracletus





Groupe phare de la scène black metal française, Deathspell Omega frappe un grand coup avec Paracletus. Troisième album des poitevins, il marque la fin d'un cycle et clôt la trilogie entamée en 2004 avec Si monumentum requires, circumspice. Un dernier sacrifice, une dernière offrande comme point d'orgue, comme la sacralisation et la consécration de toute une attitude, toute une démarche d'expérimentation qui a produit certaines des plus belles pièces de black metal des 10 dernières années.

C'est avec Si Monumentum... que Deathspell Omega franchi un premier cap et pose la première pierre de son trône. Extrêmement violent, il laisse toutefois la part belle à des plages plus progressives, redéfinissant totalement la musique du groupe. Ambitieux, malsain, il lacère sur plus de 70 minutes tous les acquis de D.O, jusqu'à maintenant adeptes d'un black metal classique, de bonne facture mais pas folichon.

Son contrepoint, Fas - Ite, maledicti, in ignem aeternum, pousse encore plus loin les limites de la musique extrême en offrant l'album le plus possédé jamais produit par le groupe. Là où Si Monumentum explorait le rapport de l'homme à Dieu, Fas explore celui au Diable. Metal d'avant-garde, black metal expérimental, Fas a fait couler beaucoup d'encre et a mis en émoi un bon nombre de metalheadz obtus qui ne comprenaient pas vraiment ce qui se passait. Pourtant, le message était très clair : D.O s'éloigne du black metal, D.O s'éloigne de la sclérose de la fin des années 90's pour révolutionner, à l'instar d'autres hordes gauloises telles Spektr ou Blut Aus Nord, la musique extrême.

Après plusieurs EP et collaborations diverses, Deathspell Omega revient en 2010 avec Paracletus, synthèse et dépassement des deux premiers opus. Synthèse puisqu'on y retrouve la hargne dévastatrice et franche de Si Monumentum et le chaos incontrôlable de Fas. Dépassement car on sent une maîtrise dans les compositions, dans les structures, dans la production même, qui font de Paracletus une évidence, et ce dès la première écoute. Première constatation : les parties les plus ambient de Fas ont disparues. Le D.O nouveau est plus consistant et cohérent que son prédécesseur. Paracletus s'écoute d'ailleurs comme une seule pièce, certaines pistes se faisant écho tout au long de l'album.
 La production chaude et ample assimile parfaitement le fléau brutal mais varié de la batterie (ajoutant aux blast furieux des relents presque jazz fins et ouvragés) avec des guitares cristallines et des arpèges malsains rappelant les dernières saillies de Virus. Le riffing brille par son intelligence et sa finesse, en faisant un des atouts majeurs de l'album, sûrement le plus mélodique du groupe. La basse, prédominante, repousse encore un peu plus le spectre du black metal traditionnel, et confère à l'album une étrange chaleur malade et fiévreuse.
Les syncopes et soubresauts épileptiques de Fas sont amalgamés, absorbés dans un mouvement ample et naturel permettant de passer d'instant purement carnassiers et linéaires à des mid-tempo rompus sans perturber le moins du monde.
Le chant quant à lui joue sur la puissance d'évocation des hurlements typiquements black metal et d'un spoken-word français âpre et théâtral, seyant parfaitement à l'atmosphère de l'album.

Il souffle sur ce disque un vent de folie et de détresse encore jamais atteint par Deathspell Omega. Plongée à l'aveugle dans des profondeurs perverses, Paracletus parachève une trilogie de manière majestueuse, faisant du groupe français un jalon, un groupe charnière, crucial dans l'histoire de la musique extrême.


mardi 9 novembre 2010

Suuns - Zeroes QC



Suuns - Armed For Peace by thelightcarrier

Je suppose qu'un groupe de jeunes canadiens sensibles en chemises à carreaux, de nos jours, n'est pas ce que l'on pourrait appeler une surprise. Je suppose qu'œuvrer dans un registre mariant pop, rock, electro n'est pas à proprement parler aventureux. Le premier atout de Suuns, c'est ce label indé, Secretly Canadian responsables des excellents I Love you But I've Chosen Darkness. Leur deuxième atout, une petite renommée acquise suite à leur premier EP, sorti alors que le groupe se nommait encore Zeroes. Troisième atout, Jace Lasek, tête pensante de The Besnard Lakes (responsables d'un album post-rock remarqué cette année, The Besnard Lakes Are the Roaring Night) est aux manettes. 

Pop, rock et electro. On sentirait presque d'ici l'infâme relent d'un genre bouffi aux guitares saccadées et aux synthé racoleurs, on pressentirait sans effort la facilité des déhanchements binaires un peu putassiers martelés par toute une génération new rave/post-punk de dancefloor qui n'a trouvé comme seul salut que le suicide (le morbide chef d'oeuvre qu'est Hidden par These New Puritans).  L'expérimentation comme unique sortie de secours d'un genre au bord de l'implosion, un bon motto que les canadiens de Suuns semblent avoir fait leur. Mécanique, leur rock décharné se dote de tentatives bruitistes en tout genre en conservant néanmoins la fièvre rock originelle, le bruit des guitares, l'essence de la basse. Les mélodies pop, portées par le chant, se dissolvent dans les chœurs lancinants pour qu'il n'en reste que l'écho, inquiétant et incertain. Suuns se révèle au fil des écoutes comme l'expression d'un post-punk maltraité, un fragile assemblage qui brille par ses expérimentations les plus assumées (le noyau Pie IX, Marauder, Sweet Noting) ses hymnes menaçants (Armed for Peace, Gaze) et trébuche quand il retombe lourdement dans le bourbier piètrement dansant des machines (Arena, titre frontière, à la fois mélodiquement parfait, mais tristement répétitif et peu ambitieux).

Ne nous laissons pas aller au triste éloge de l'expérimentation (pas forcément gage de réussite) mais saluons plutôt le talent d'une (jeune) formation qui sait redessiner, sur un calque rock commun, une musique aux contours plus troubles et pas des moins intéressantes.

mardi 2 novembre 2010

Cough - Ritual Abuse / 2010



On continue dans le sludge/doom avec le dernier album de Cough. Après un Sigillum Luciferi bon mais encore trop fragile, Cough revient avec un monolithe de stoner doom qui suinte Electric Wizard de Dopethrone, avec un don pour le riffing forcément inspiré par le Malin en personne (la seconde piste, A Year in Suffering,  est une des meilleures choses qui soient arrivées au headbang depuis des années). Old Electric Wizard donc, mais avec une production bien particulière, beaucoup plus chaude, enrobante, étouffante presque. Les soli psyché sont excellents, et l'album dans son ensemble est plus travaillé que son prédécesseur. Ritual Abuse ne se cantonne pas au restrictif terrain de jeu stoner doom et explore les recoins d'un rock spatial léthargique mettant en avant des arrangements jusqu'à lors minimes. Le chant alterne entre déchirements typiquement sludge et chant clair, apportant un relief et une dynamique appréciables aux 5 titres du Rituel. L'atmosphère est bien plus sombre et pesante que celle que nous livrent aujourd'hui les anglais d'EW, ici la messe noire n'est pas sortie d'un porno rital 70's mais bien, comme les mecs du groupe l'expliquent, de leur propre souffrance. Sad doomster is sad.
Ritual Abuse est le versant violent et destructeur du Black Masses chroniqué ci-dessous et vient rassasier les amateurs de sombre violence restés sur leur faim après le dernier Electric Wizard.

Un petit extrait pour vous mes chéris :

Cough - A Year In Suffering by thelightcarrier

Electric Wizard - Black Masses / 2010

 
Comme le disaient fort justement les connards de Beyond the Noize , Electric Wizard depuis Dopethrone n'a plus grand chose à dire, si ce n'est pousser à son paroxysme cet univers Weed, Necroporn & Witchcraft en enchaînant avec une certaine aisance et une facilité presque paresseuse des hymnes enfumés. L'esprit 70's analogique un peu crado, déjà présent sur le précédent effort Witchcult Today, se fait ici sentir encore plus vigoureusement. Les guitares massives sont défoncées au fuzz et le chant bien particulier de Jus Oborn nous parvient des profondeurs les plus inquiétantes de la Crypte de Drugula. Pourtant EW évolue, à son rythme certes, le rythme pesant d'une bande de doomeux, mais les anglais avancent. Black Masses est nettement plus emballé, plus vif et EW affine son art du groove heavy as fuck. Le riffing, bien que toujours simpliste semble plus réfléchi et les soli sont techniquement plus élaborés qu'avant. On peut regretter l'époque bénie des hymnes de 15 minutes, plus lents et lourds que jamais (encore qu'une des meilleures pistes de cet album, Satyr IX, n'ait pas à rougir face à ses glorieuses aïeules) mais ce serait nier l'évidence : Electric Wizard a creusé son propre chemin, celui qui mène au panthéon du metal. Massif.


dimanche 31 octobre 2010

Baths - Cerulean / 2010



Baths, j'aurais presque envie de ne pas vous en parler, de jalouser cette perle, de ne pas ternir l'éclat de Mon Précieux en le gardant, rien que pour moi. Baths, il s'est doucement infiltré, depuis plusieurs semaines, et il ne part pas, il prend racine. Au début, il s'agissait d'un coup de cœur, d'un clip magistral, forestier, organique, passant en boucle à toute heure du jour et (surtout) de la nuit. Et puis l'album s'est mis lui aussi en mode repeat, d'abord electronica confortable, bidouilles acoustiques samplées, craquements, tic, glitch, il s'épanouit dans le balancement d'un ambient hip-hop attentionné, dans des opaques nuits shoegaze, dans les branchages d'une pop rêveuse. Cerulean se fait cocon, exploitant des loops mélodiques évidentes et les submergeant de rythmiques complexes et pourtant elles aussi foncièrement naturelles. Les strates, les couches, comme un humus de particules, fondent en une heure le cosmique, l'aquatique et le terrestre, ce qui n'est aucunement troublé par les lignes de chants, parfois enfantines, souvent trafiquées, qui au contraire, étant utilisées comme des loops elles-aussi, renforcent la complexité des morceaux.

Assez parlé, on se tait et on regarde :


samedi 30 octobre 2010

Electric Wizard & Moss @ le Nouveau Casino - 29-10-2010




Voilà, le 100ème post de ce blog est là. Diable, que ça ne passe pas vite. Pour l'occasion revenons sur le passage remarqué à Paris (Nouveau Casino complet) d'Electric Wizard. Mini-évènement en soi puisque ces potheadz se font rare dans notre beau pays.


Le ticket disait 18:30. Heureusement que les pintes à 3,50 (la vie est belle parfois, sisi) nous permettent de tenir jusqu'à 20h, et de chercher dans la longue queue des têtes connues. 20h donc, heure à laquelle commencent de jouer Moss, un trio sludge/doom/drone capable, en studio, du meilleur comme du pire. À savoir se complaire sur un seul riff pendant 10 minutes et emmerder tout le monde, et ensuite se complaire sur un riff pendant 10 minutes en étant accrocheurs et efficaces. Le premier morceau joué hier rentre dans la première catégorie, trop linéaire, lourd comme il faut, lent comme il faut, mais mortellement barbifiant. Le chant hurlé est bon mais c'est au chant clair, sur le second morceau qu'il se révèle plus efficace. Moss nous livre aussi un morceau du LP (EP?) à venir, pas déplaisant.


 

Après une courte pause apparaissent sur l'écran derrière la scène les images d'un film 70's franco-belge dans laquelle une mignonnette brune, nue et apeurée, sanglée à une croix en bois, se fait gentillemment fouetter par une Domina blonde, nue et bien gaulée. Le public apprécie. J'oublie de préciser que tout ça se passe dans une cave. Ensuite, un rituel banal, une décapitation de colombe, Blonde fait boire le sang à Brune, Brune devient elle aussi une sorcière, et pendant tout le concert Brune tente de se taper tout ce qui bouge (j'ai essayé de comprendre, mais avec le groupe devant c'était un petit peu incommode). 
Après la décapitation de colombe (qui plaît encore plus au public) le Sorcier rentre en scène et nous livre un set court et efficace. Witchcult Today, dernier album en date (d'ailleurs, point de Black Masses en vente au merch, certains se rabattront de dépit sur les t-shirt Electric Wizard rose fluo), Witchcult Today donc, est bien représenté, avec le titre éponyme ou Satanic Rites of Drugula. Le son est massif mais raisonnablement fort et on apprécie (sans trop de mal) les soli psyché de Jus Oborn.
En milieu de set, le (très bon) nouveau titre Black Masses ainsi que l'inévitable Funeralopolis, réveillent un peu un public peu motivé, ou peut-être haut comme un cerf-volant. 
Le set très court se termine brutalement et le rappel n'aura pas lieu. Le public ne semble pas plus chaud que ça. Sauf un type derrière moi qui hurle SATURNINE mais je crois qu'il était un peu fou. 
Ce brusque retour à la réalité laisse un goût amer à un concert bon mais pas exceptionnel. Forcément, la joie de pouvoir headbanguer en live sur des titres qui nous bercent depuis un bout de temps est agréable, et la clique british assure, mais le tout manque un peu de matière, de carne... Ni totalement défoncé, ni totalement pachydermique, on aurait aimé plus, plus fort et plus longtemps.

Une bonne idée cependant, a germée dans nos têtes bouillonnantes : bientôt sur le marché, un t-shirt rose fluo avec le logo de Darkthrone dessus. Ouais Guillaume, ça va marcher, c'est SÛR.



mardi 26 octobre 2010

The Third Eye Foundation - The Dark / 2010



S'il était un song-writer à retenir de ses dernières années, ce serait conteste Matt Elliott, qui a su, en l'espace d'une trilogie (Drinking Songs, Failing Songs et Howling Songs) redéfinir la folk en s'ancrant profondément dans les musiques traditionnelles européennes, italienne, grecque ou slave. Expérimentateur de génie, Matt Elliott est cependant avant tout l'homme d'un projet électronique, the Third Eye Foundation, plus ou moins léthargique depuis 10 ans et son génial Little Lost Soul. Aujourd'hui, tTEF revient avec The Dark, un album plus mélodique que les précédents, et fortement influencé par la folk hantée du Bristolien. Encore une fois, il a fait appel à Uncle Vania pour un artwork splendide qui assure une cohérence et une continuité avec l'esprit des ses travaux folk.



The Dark se construit autour de 5 mouvements (entre 4 et 12 minutes) aux atmosphères très denses, presque chargées, encombrées de boucles spectrales, de chœurs des cavernes, de cordes des catacombes, triturées, résonnantes. Elliott égratigne le drum'n'bass en le noyant, maniant avec toujours autant de talent la sculpture du bruit audible, de l'harmonie dans le chaos. L'identité et le style particulier de tTEF sont toujours là, avec ces mélodies classiques relativement lentes et ce goût pour les ascensions sonores, en palimpseste, jusqu'à l'implosion, mais Elliott fait mûrir son projet, forcément plus sombre, définitivement hanté (bis) et intemporel.
Tout l'intérêt de cette musique est ici, dans cette bipolarité, entre les beat nerveux et dansants et l'ampleur symphonique des strates de boucles.


Malgré tout cela, on ne peut s'empêcher de rechercher en vain la sensibilité, la puissance d'évocation des différents Songs préférant à la tempête électronique, l'intimité acoustique et les arrangements éthyliques d'Elliott et de ses albums folk.

Sortie le 8 novembre, dispo en pré-commande ici : http://www.icidailleurs.com/

vendredi 10 septembre 2010

Fever Ray, Zola Jesus @ l'Olympia - 09/09/10



Initialement prévu à La Cigale, le concert de Fever Ray s'est vu déplacé dans une salle plus grande. La faute à une demande bien plus importante que prévue du public parisien qui s'était déplacé en masse hier soir. Un concert court mais complet, spectacle son et lumière, grand messe, on était tous un peu secoués en remontant à la surface.

Pour les non-initiés au culte de Fever Ray, l'histoire est assez simple. Fever Ray est la moitié de The Knife, ce duo/fratrie electro que leur antépénultième album (cc @GuiOhm ) avait révélé au grand public grâce, notamment, à un titre repris par José Gonzalez lui-même utilisé dans une réclame pour poste de télévision à grand écran plat. Fever Ray c'est donc un side-project hanté, sorti en mars 2009, et acclamé tant par le public que par la critique. Imaginez donc les synthétiseurs et les samples cheap de The Knife sublimés par une myriade de percussion de bois,  d'instruments fragiles, le tout beaucoup plus sombre et inquiétant. Pour faire court, imaginez une bande originale au Black Hole de Charles Burns.



Le concert était fermement attendu donc, car la réputation de Karin Dreijer Andersson et de ses prestations scéniques la précède. On passe donc rapidement sur une première partie courte et un peu répétitive de Zola Jesus. La faute à une inexpérience certaine qui ne gâche en rien le potentiel de la jeune (19 ans) américaine aux fort relents Siouxsiens. (Ce qui nous sera confirmé après le  concert par la tenancière d'un bar en t-shirt Motörhead ayant décidé de passer le dernier album en date de Zola Jesus, Stridulum II ).

Après un court entracte, la salle est plongée dans un clair obscur glacé et noyée dans un nuage de fumée. Sur scène on distingue des dizaines de vieux abats-jour. Les premières notes de If I Had A Heart résonnent, des rais de lumières traversent la salle, les lampes s'allument en rythme, comme un battement de cœur, et la scène se met doucement à vivre. Elle arrive alors, gracieuse, dans son accoutrement de grande prêtresse from outer space, accompagnée de quatre musiciens grimés, sortes de tuxedo-troll envoutés, bizarres chamans brandissant des sceptres de gourou rapiécé.



Visuellement, le dispositif est impressionnant, la fumée noie la scène et confère une aura mystique à une musique qui, seule, est déjà chargée de mystère. Les jeux de lumières fascinent le public et l'on voit de nombreuses têtes levées, admirant les jeux de couleurs, un sourire béat en travers du visage.
J'ai l'impression d'être descendu sous terre, dans cette grande salle en bois, cachée du reste du monde, j'ai l'impression d'assister à une drôle de messe, à un opéra préhistorique, à la fois animiste, terrestre et irrémédiablement cosmique. Vous vous souvenez de cette cantatrice dans le 5ème Élément ? J'avais l'impression de vivre un de ces moments de grâce, un moment autre, face à une entité organique supérieure.



L'album entier est reproduit, avec en sus deux ou trois inédits. Le show est donc assez court mais l'absence de rappel ne semble pas gêner plus que ça les fidèles qui sortent doucement et en silence du lieu de culte. Depuis quand un alien, une divinité, se livre-t-elle à un rappel? Impressionnante, la faculté de ce groupe à s'imposer, sans un mot à son public, à instaurer une ambiance de communion sans s'adresser une seule fois à la foule, mais en étant pourtant très proche de cette dernière.
Fever Ray est le culte qu'il nous fallait, la religion tellurique et forestière que l'on attendait tous, le dogme magique de post-adolescents flippés que la musique rassure et rassérène.

jeudi 9 septembre 2010

1=0 - sec



C'est pas vraiment une nouveauté mais c'est un putain de coup de poing. On commence à avoir l'habitude pourtant, de tomber sur du rock français de qualité. Ça va pas être facile de pas cracher sur les groupes en carton qui sont censé être la relève du rock fr (coucou BB Brunes) tant l'autre versant du rock français, vif et acéré, rivalise d'inventivité et de hargne.


1=0 joue dans la cour des bons, la cour de feu-Diabologum, la cour des expérimentations de Michniak, la cour de la détresse galopante de Michel Cloup et d'Experience. J'avais envie de vous dire que les instru étaient le point fort de 1=0 tant la production est tranchée, tant les guitares te coupent comme une A4 entre l'index et le majeur, tant les mecs essaient d'inventer, de syncoper, de changer. L'émotion véhiculée par les compos rappellent parfois les plus fougueux morceaux du Kaolin des débuts ou le talent d'orfèvre d'Agora Fidelio. Je pourrais vous dire que les instru sont le point fort mais ce serait mentir. Le chant d' 1=0 innove et marque encore plus que la musique. Un chant qu'on peut rapprocher des spoken-words emballés de Diabologum, mais avec une scansion encore plus hachée et crue. Ouais, ça peut déstabiliser un peu au début mais il n'y a pas plus adapté que ce chant contraint, retenu, parfois maladroit. Détresse/urgence/violence, moi je signe et j'en redemande.

Vous trouverez de l'audio et des dates des concerts à venir ici : http://www.myspace.com/unegalzero




Produit

1 = 0 | MySpace Music Videos

mercredi 8 septembre 2010

Infinite Body - Carve Out the Face of My God



Pour son retour aux affaires, FoetusFoetus sort doucement de son coma en musique, avec l'excellent Carve Out the Face of My God, du non moins excellent Kyle Parker (Gator Surprise, entre autres). Parker oublie la harsh noise de ses débuts pour se lancer dans un piégeux album d'ambient-drone synthétique, risquant comme beaucoup avant lui de tomber dans les travers d'une musique lancinante, simpliste et répétitive. Et chiante. Il n'en est miraculeusement rien, malgré la simplicité, ou plutôt le naturel de ses compositions.  COtFoMG se construit comme une ascension, un élévation mystique par le biais de solides plages d'ambient grésillant et de pièces electronica/shoegaze un poil plus véhémentes, les mélodies primitives et cotonneuses s'éclipsant ici sous un amas solaire grésillant de bruit blanc et de sample indus distordus.

Vous n'y échapperez pas COtFoMG est organique. (I'm back baby) : Entendez par là que les samples industriels sont noyés, rattrapés par la masse sonore presque palpable des synthétiseurs.
 Parker ne superpose pas ses boucles, il évide, supprime, taille dans la masse comme dans une pierre brute. Un exercice qui demande application, répétition et parfois violence pour arriver à ses fins.  Infinite Body joue sur la discrétion de ses compositions presque heavenly, et ne se départi jamais d'une grâce et d'une beauté qui flirte avec l'esthétique et le raffinement dream-pop. On s'égare parfois dans de longues plaintes mystiques, souvent proches des mantras tibétains, comme un ressac léthargique nous invitant littéralement à plonger (Dive), à nous enfoncer dans les abîmes pour mieux nous élever.

Parker parvient à annuler toute temporalité, à mêler composition classique et déconstruction moderne et ainsi à effectuer un long et gracieux instantané du visage de Dieu.


Dive by Infinite Body from Brian Murnion on Vimeo.

mercredi 11 août 2010

FoetusFeotus est ton ami - public.announcement

Salut les gros. Les fausses vacances continuent et les affaires reprendront à la rentrée.

Merci aux gens qui continuent à m'envoyer des messages me demandant si je suis mort. Non non. Je vais dans l'ensemble, plutôt bien.


En attendant, je vous conseille vivement le double album du duo The Knife (cette fois accompagné par beaucoup de gens très biens). Tomorrow, in a year, c'est son petit nom et il vaut le détour.




mardi 8 juin 2010

Wolf Eyes, Om, Acid Mother Temples @ Cabaret Sauvage / 03-06-10



Si je devais être honnête, je vous dirais que quoi qu'il arrive, mon report de ce concert se devait d'être enthousiaste, pour la bonne raison que le duo basse-batterie incantatoire né sur les cendres de Sleep est un des groupes ayant marqué mon apprentissage musical. Il y a eu Nostromo, Orchid, Neurosis ou plus tard Der Blutharsch, et il y a eu Om. Je suis d'ailleurs incapable de chroniquer le moindre album de ces derniers tant leur musique se joue "ailleurs".  Ajoutez à cette fanitude sans borne, la rareté de leurs passages dans l'Hexagone et vous comprenez pourquoi j'attendais avec beaucoup d'impatience le 03 juin, brûlant de l'encens et des cierges pour remercier les organisateurs du festival Villette Sonique.

Dans l'ambiance tamisée du Cabaret Sauvage, c'est le groupe bruitiste expérimental Wolf Eyes qui ouvre littéralement les hostilités. Les premières minutes sont effrayantes de nullité. Aucun souffle, aucune âme à cette succession de bidouillages faciles, qui, au lieu de participer d'une déconstruction ne s'amoncellent que sur du rien. Des introductions indus que ne renieraient pas les mecs de Neurosis, mais sans le morceau qui vient derrière. L'angoisse. Et puis, avec le second morceau, le set se lance sur une toute autre voie, sans pour autant céder à la rythmique régulière, les samples de percussions inversées viennent insuffler quelques basses cruellement manquantes au trio (chant/machines/guitare). Les cris saturés du chanteur luttent pour se faire un chemin entre les bignous (excusez mon inculture en instrument à vent :/ ) et les flûtes hurlantes, couvertes de delay et de crachins d'ondes. Malgré l'inconstance et le flot aléatoire de leur musique, le public commence à hocher la tête, en non-cadence, yeux fermés, crispés...et le set s'arrête. Interrompu pour des questions de temps, ce qui semble pas mal frustrer les trois du Michigan. Sentiment partagé donc, entre simple bruit et pur chaos, entre facilité bruitiste et vacarme intelligent.

Mes partenaires de concert semblent eux moins convaincus, l'un en perd ses cheveux, l'autre en casse une table. C'est ce moment que choisis l'un des rares lecteurs de ces pages pour nous retrouver, juste avant qu'Om ne se lance, laissant finalement la tête d'affiche aux Acid  Mother Temples.



On m'avait prévenu, je l'avais lu un peu partout, Om en live aujourd'hui c'est nul : morceaux tronqués, son moisi, jemenfoutisme exagéré, bref, j'appréhendais un peu le passage live d'un groupe qui sur cd ne m'a jamais déçu. (eh oui, même le dernier en date, God is Good, figure pour moi dans le top 10 de l'année dernière). Alors qu'en est-il exactement? Il faut savoir que ce soir là, et contrairement à certaines dates récentes, les mecs ne sont que deux, pas d'indiens au tampura, pas de sitar, pas de flûte, juste une basse et une batterie. Cette configuration les oblige donc à se focaliser sur des titres plus anciens, ou a "assécher" les derniers titres qui, en studio, étaient pourvus d'arrangements beaucoup plus riches.
Le set démarre plutôt mal puisque Cisneros s'interrompt dès le premier morceau pour des problèmes d'ampli. Après quelques minutes, le premier morceau est joué en intégralité mais le set  est de nouveau interrompu. A ce point du concert, des mecs commencent un peu à gueuler, d'autant que le groupe quitte la scène et que le Cabaret Sauvage repasse en mode "musique d'attente". Pour ruiner un concert qui se veut incantatoire, presque mystique, c'est juste parfait. (Là, je peux le dire, je commençais un peu flipper ma chienne de race.)



Et puis ils reviennent. Meditation is the practice of Death et ses roulements de toms fous, et je m'y perds, je ne reconnais plus les morceaux ("de toute façon, avec Om c'est un peu toujours le même morceau" me glisse mon voisin de droite.). Le headbang se fait de plus en plus fort, et je comprends que le live nuageux, méditatif et introspectif ce n'est pas pour ce soir. Om semble revenir à ses premières amours, aux basses plus fortes que jamais, à la répétition assourdissante. Lors d'une accalmie, Miss Frange et moi tentons une reconstitution vocale des premières notes d'At Giza, et, comme par magie, elles retentissent soudain dans la salle. 25 minutes d'une transe violente et suante, baignée dans les spots bleus, je ne peux m'empêcher de jouer de la air-basse, air-batterie, air-shaman. Je n'ai pratiquement pas vu Om. Je n'ai presque pas vu la scène. Les yeux fermés, j'ai essayé de vivre au maximum cette expérience musicale et physique. Là où l'année dernière, Sunn O))) s'était attaqué de front aux infrabasses avec l'intégralité de leurs Grimrobes Demos, Om s'insinue plus subtilement, en mêlant un jeu de batterie riche et puissant (très bon Amos même si l'absence de la finesse dont Hakius faisait preuve -en live notamment- se fait parfois sentir) et mantras monocordes que plusieurs personnes reprennent en chœur. Après ce morceau de bravoure, les deux enfoncent le clou avec deux ou trois autres pièces, modelées, remodelées, de plus en plus puissantes dont un Bhima's Theme étendu sur plus de 15 mn et le désormais inévitable Rays Of The Sun/To The Shrinebuilder. Et "shrinebuilder" ils le sont vraiment ce soir, constructeurs de temples, se laissant eux-même piéger par la ferveur de leurs adorateurs. 


Si le début de set râleur et la nonchalance de Cisneros en a gêné plus d'un, le duo a prouvé qu'il restait un des groupes les plus passionnants de ces dernières années, à la fois serein et enragé, tellurique et céleste.


Après quelques minutes de récupérations, nous tombons tous d'accord. Tant pis pour les Acid Mother Temples, on en restera là, et chacun rentre chez soi sur son petit nuage. Heureusement, afin d'assurer une certaine constance à ce blog, on m'a promis un report d'AMT à venir pour bientôt. (attention, je lui mets la pression)



merci à Robert Gil pour les photos.

jeudi 3 juin 2010

Nice Face - Immer Etwas


 Voilà voilà. Un énième groupe de punk retro, jouant la carte mitée du lo-fi, rajoutant de l'orgue et du synthé pour se toucher la nouille expérimentale, chantant dans une boîte de conserve, parce que ça fait plus sale. Sauf que cet album de Nice Face, au lieu de nous sortir un EP sympa-mais-qu'on-écoute-une-fois-faut-pas-déconner, ils nous sortent un album plein à craquer, comme un prisme bouffi et terni des late 60's avec ses orgues foutraques et futuristes (vous savez, ce futur tel qu'on se l'imaginait il y a 50 ans), avec ses basses entêtées, refusant de céder le moindre pouce de terrain aux guitares granuleuses. Le plus intéressant c'est peut-être cette affiliation garage qui pourrait être précisée, redéfinie : ici, en lieu et place de garage-rock, pensez cave-rock, qui pue le goth-rock sous les bras m'voyez? Les Beach Boys Undead meets The goth Sonics. Si tous les dance-floor du monde passaient ce truc...

C'est ici que ça se passe (je vous recommande Hard Time pour l'échauffement.)

jeudi 27 mai 2010

These New Puritans - Hidden


Je me souviens d'un mec qui avait qualifié les puritains de "redoutablement inoffensifs". Il faut dire que Beat Pyramid, leur premier effort n'arrive pas à la cheville de l'album chroniqué ici. Toujours est-il que votre serviteur avait su y déceler un potentiel monstrueux, déroulé ici avec brio.

Hidden c'est quelques centaines de personnes, entre 20 et 30 ans. Ils sont de taille moyenne, tous cintrés dans leurs uniformes gris. Pâles, inexpressifs, ils se tiennent en ligne, droits et fiers, mais de cette fierté éteinte, presque passée. Dans cette grande pièce sombre, ils vont essayer de danser, dance-floor fasciste, engoncés, gênés par leurs bras maigres et leurs bottes cirées trop étroites. Sur quoi peuvent-ils danser? Sur quoi peuvent-ils danser? Sur quoi peuvent-il danser? Sur un squelette de musique, un rock orchestral famélique et militaire raclant les débris industriels pour assembler d'éphémères structures dubstep auxquelles on ne croit pas. Comme des machines essayant d'imiter des humains, des rouages imitant de la chair.  Ils sont portés vers un déhanchement mécanique, robotique et froid qui transpire une sueur glacée et amère. Des auréoles se forment sous leurs bras et leurs mèches blondes brunissent en balayant leur front, alors que des chœurs hantés essayent de nous faire croire à un semblant d'âme. Les dagues sont dégainées dans cette transe morbide, lacèrent les étoffes rugueuses, et du sang jailli soudain, noir, épais. En sombrant dans ses harmonies classiques, aux sons doux des hautbois, ces pantins souillés de sueur, de salive et de sang glacé font jaillir une chaleur presque animale, et parviennent, au prix d'un effort laborieux, à atteindre un semblant de grâce.

mercredi 19 mai 2010

Keep of Kalessin - Reptilian


Après un Armada épique réussi et un hypnagogique Kolossus, les norvégiens reviennent cette fois avec Reptilian. Premier constat -et il eût-été difficile d'en être autrement- cette dernière livraison est meilleure que la précédente. La magie qui opérait sur Armada revit ici, même si le souffle de ce dernier est à jamais disparu : envolées lyriques, violence ultraclean, riffs heavy, lignes de chant clair inspirées pour les refrains, tout est là. Les passages acoustiques hipanisants ont disparus ce qui n'empêche pas les mecs de balancer des phases WTF, pompeuses et grandiloquentes (notamment via des arrangements symphoniques baroques et lourdaux). Le registre reste ampoulé et cliché (à base de sauriens moyenâgeux cracheurs de feux , de chevauchées guerrières dans la plaine, bref, vous saisissez le propos), la cerise sur le gâteau étant ce magique et ridicule DragonTower (the poweeeeeeeeer of the dragon tower), composé pour l'Eurovision 2010 (sic) et où l'on imagine très bien les gaziers courant dans les forêts du grand Nord, nus sous leur pagne en peau de loup, le poing en l'air et le sourire jusque là.

Cet album aurait pu être bon, au pire divertissant, mais les trop nombreuses fautes de goût viennent noyer les bonnes idées dans un dégueuli power-metal affligeant (qui plaira sans doute aux plus virils des fans de Manowar) .

Conclusion, si tu veux vraiment partir à la guerre sur ton fier destrier, savater du dragon et défoncer du gueux en pillant des villages, écoutes Armada et oublie le black metal en plastique et en pantalon de cuir (moulant) de Reptilian.


(du coup je vous cale un morceau d'Armada. Voilà)


samedi 15 mai 2010

Medications - Completely Removed



Beau petit objet que ce Completely Removed, qui vient donner une belle leçon de rock intelligent à toute une scène post-punk indie noyée dans les gloubiboulga disco-africains ratés. Ici les influences africaines (Long Day) sont diluées dans un rock ensoleillé et mélodique très fins. Le chant rappel parfois Phoenix, et les expérimentations liées à leurs origines math-rock ne dissimulent que très peu les vélléités pop du trio. Ce qui est agréable avec Medications, c'est cette impression d'écouter de la pop sans avoir l'impression qu'on se fout de notre gueule. Le talent de songwriting certain nous incite dès la deuxième écoute à fredonner certains titres comme si on les écoutait depuis des années. Sûrement un signe.






mardi 11 mai 2010

Extra Life - Made Flesh



EXTRA LIFE = (Maynard.J.Keenan + the Shaggs) x (Chevreuil+Battles/Current 93)

Si ça vous donne pas envie...

Mayyors - Marines dot com/Morgan's LOLZ/Dead

 Pas grand chose à se mettre sous la dent avec Mayyors. Alors on se passe en boucle le peu qu'on a, et on danse. Oui. Mayyors c'est un groupe fait pour danser, pour swinguer en piétinant son voisin, pour s'arracher le tympan avec une cuillère et le catapulter droit dans l'espace. Tourbillon de fuzz souillé par la vermine, skull music ivre de merde et de licornes, on pourrait presque patauger dans le grain de guitare, dans la tourbe de la basse, et hurler n'importe quoi en bavant, comme le chanteur enfermé dans sa boîte de conserve rouillée. Musique d'apache, undo it yourself, oublie le lo-fi, ici c'est no-fi, rien, alors crame en silence.

Deftones - Diamond Eyes


Je vous avoue qu'il m'a fait un peur ce nouveau Deftones. J'ai bien cru que pour la deuxième fois je serais déçu. Si l'éponyme m'avait surpris, il s'était très vite montré à la hauteur de ses prédécesseurs, ce qui n'est pas le cas pour Saturday Night Wrist qui, malgré de très bon morceaux, ne parvenait pas à trouver cette cohérence propres aux autres albums. Diamond Eyes a failli me décevoir mais il n'en est rien. On parle partout de "retour en arrière", et ce n'est pas faux, les premières écoutes sont sabordées par la production monstrueuse mettant en avant des riffs simples, ultra-plombés, mais rappelant plus la violence teenage basique de Bored ou 7 Words que la finesse des derniers albums. Après deux écoutes j'ai d'ailleurs reposé Diamond Eyes, avec la sensation de tenir entre les mains un disque bâclé (la faute ou pas aux difficultés rencontrées par le groupe sans son bassiste de toujours etc.)
Et puis je l'ai repris ce disque, quelques semaines plus tard, pour constater que derrière ses guitares de bûcherons se cachaient des arrangements ciselés et, surtout, un retour en force de Moreno et de ses lignes de chant poignantes. On ne peut pas nier un certain ralentissement dans l'évolution de Deftones, Diamond Eyes se démarquant des derniers albums par un éclat brut, direct et hargneux. Ce que j'avais pris comme un défaut lors des premières écoutes n'en est pas un. Deftones retrouve ici une cohérence que n'avait pas Saturday Night Wrist. On sent l'album habité par une présence, une aura, beaucoup plus franche que sur son prédécesseur, lui un peu trop éparpillé pour être honnête.

Coucou
Coucou
Coucou hibou coucou, vivement la suite.

Si tu ne l'as toujours pas écouté (MER IL ET FOU) voilà un petit aperçu :



mardi 4 mai 2010

Dérouillons-nous gaiement

Après un mois d'avril relativement muet et avant une nouvelle bordées de minichroniques, je me retrouve en ces lieux avec plein de choses très intéressantes à vous raconter.




En avril j'ai fait la connaissance de Membrane. C'est accompagné de Frangie et de mon anarchiste préféré que je rentre pour la première fois (*émotion*) au Glaz'art, qui sous ses airs de bunker paumé dans les friches de Pristina, se révèlent être une chouette salle. Les pauvres garçons ouvraient pour les soporifiques Mouth of the Architect, qui, déjà loin d'être passionnants sur galette, ne s'en sortent pas mieux en live. Ce qui m'a donné l'occasion de découvrir le Glaz'art et son arrière-cour/terrasse pleine de rats gros comme l'organe de Peter Steele. Membrane donc, un power-trio from Vesoul qui se démène dans un magma heavy carré et efficace très inspiré d'Unsane. Le batteur est fou et tente d'hypnotiser le public, et je crois que ça a un peu fonctionné. Après avoir fuit Mouth of the Architect je me rapplique vers le merch pour deviser comme il se doit avec les haut-saônois. Une discussion rapidement interrompue par le staff du Glaz'art. Tout le monde dehors. Il est 22h30, faut pas déconner. La soirée se termine dans un bar non loin du Glazart, tenu par le sosie de Keith Richards. Le bar s'appelle Les Pierres qui Roulent. Le groupe à l'intérieur joue des reprises des Rolling Stones.




 Trois jours après, toujours accompagné de Frangie et de l'Anar, je me rends à la Maroquinerie pour voir Shrinebuilder, Kylesa et Dark Castle. Pas de supergroupe du doom pour cause d'Eyjafjallajokul. Rien de très grave, au vu de l'album moisi de ces derniers. Je vous passe le sempiternel bière/clope/barbus pré-concert pour vous parler du premier groupe à se produire sur scène : le duo Dark Castle. J'étais persuadé de n'avoir jamais entendu le son de ce couple batterie/guitare mais je comprends vite que je les connais et qu'ils sont un peu chiants. Du sludge/doom sans grand intérêt. Bon, une fille qui éructe en jouant de la guitare reste une des plus belles choses qu'il m'ait été donnée à voir (ça et la vidéo des marmottes qui se tiennent la main), mais connaissant sa collègue de Kylesa, on ne peut trouver Dark Castle que passable.
Kylesa, que-j'avais-prévu-de-voir-cet-été-avec-Converge-mais-qu'en-fait-j'ai-gagné-une-place-donc-jsuis-venu, livrent un set intense faisant la part belle au dernier album. Le son est énorme, les guitares parviennent à rivaliser de bruit avec les deux batteurs parfaitement synchrones, le seul défaut restant les voix, trop en retrait. L'anar, plutôt habitué aux concerts de punk, et que j'emmenais à son premier concert de vrai metal burné, me tend très vite ses lunettes pour se jeter à corps perdu dans une fosse chahutante mais courtoise. Le set de 45 mn est trop court (l'annulation de Shrinebuilder laissait espérer une setlist un poil plus étoffée) mais l'énergie du combo de Savannah nous comble malgré tout et c'est en sifflotant les riffs épiques de Kylesa que nous avalons un excellent kebab de Gambetta.
  
Notons au passage les efforts de Kongfuzi qui se sont bien sortis les doigts pour maintenir le concert menacé par la cendre islandaise.



Enfin le #liveFAIL de la semaine c'est ce petit concert passé inaperçu. Je me démène pour arriver à temps à la Taverne de Dickens pour apprendre, qu'en plus du temps de merde, Quartier Rouge (le groupe qui m'avait motivé à traverser tout paname) a déjà joué. 4 morceaux. Stoppés car ils faisaient trop de bruit. Ahah. Devant ma mine déconfite de chiot orphelin, les mecs me proposent de venir les voir en répèt' le lendemain à Argenteuil. J'ai bien évidemment perdu l'adresse. (si vous passez par là les gaziers, il me manque le nom de la rue).
La Taverne de Dickens c'est donc un bar. Petit avec ça. Tenu par un gentil grand-père qui est soit sourd, soit un peu fou. Accueillir Quartier Rouge, tout le monde aurait pas les bollocks de le faire. En parlant de bollocks, je me retrouve donc devant les épileptiques et bien-nommés lyonnais de Burne, les seuls n'ayant pas encore joué. Nom au singulier pour un duo basse/batterie fan de néons. Après leur très court set, passablement sourd, j'avais en tête l'image d'un groupe fougueux et bruyant entre le martèlement de Duracell et la fougue de Lightning Bolt. Il s'avère qu'en studio, le bordel grésillant du live se transforme en math-rock noisy plus mélodique que je ne le pensais mais toujours aussi rageur. Une bonne découverte donc, malgré le ratage Quartier Rouge.


Au programme des chroniques à venir : du néo-metal qui n'en fut jamais, de la skull music qui sent la cave, des bordelais sans voix et du post-rock instrumental pas chiant



bOnUs InUtIle : Mon Iphone est devenu sourd.  Par Burne.


 

mercredi 31 mars 2010

Throatruiner #4 : Quartier Rouge - Les Années lumière

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Quartier Rouge : Et puis dans la famille Throatruiner on a Quartier Rouge. Le fils autiste enfermé à la cave depuis qu'on ne peut plus vraiment le tenir. Depuis qu'il ne sait plus vraiment ce qu'il fait. Mais aujourd'hui, il sort de la cave, il se montre, nu et frêle, il est gênant et met tout le monde mal à l'aise. Enfant surdoué, il est pourtant le plus prometteur de la famille mais il est incompris, son génie se déverse trop vite, il n'a pas le temps de tout dire, de tout expliquer : Cette voix débile, ces cris écorchés, on préfèrerai ne pas le voir, ne pas l'entendre. Ébouriffé, les ongles salis, il sort de la cave, et il nous montre la petite pièce de théâtre qu'il a montée, tout seul, en bas. 20 minutes d'une représentation barbare, cynique et débridée, rongée à l'acide, qui pue l'urine et la consanguinité. Une leçon.


Throatruiner #3 : Plebeian Grandstand - How Hate Is Hard To Define

 

Plebeian Grandstand : Eux on commence à bien les connaître, ils nous avaient déjà prévenu il y a deux ans avec un premier EP (The Vulture's Riot), revoilà le chien fou de la famille, le bâtard malade qui tente d'échapper à la violence linéaire d'un Nesseria en se tailladant les riffs à coup dissonances, en se laissant aller à des délires mathcore stridents. De la musique de chien, pour les chiens, par les chiens, la bave écumante et rouge souillant cette scène extrême française que j'évoquais précédemment. How Hate Is Hard To Define, tu ne l'écoutes pas en sautant partout comme un con. Non, tu t'assoies, tu fermes ta gueule et tu subis.


Throatruiner #2 : Nesseria - s/t


Nesseria, des Orléanais cette fois. Impossible de ne pas penser au Converge des débuts, plus violent peut être, plus direct en tout cas. Plus sombre aussi, beaucoup plus sombre. La recherche ici n'est pas dans la variation et la richesse des ambiances mais dans la tension continuelle, l'ascension pénible vers ce qui peut se faire de plus direct en terme de musique violente. Le propos est primaire mais extrêmement jouissif.


Nesseria plays Trauma in Germany

NESSERIA | MySpace Music Videos

Throatruiner #1 : Huata - Open The Gates Of Shambhala

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Ça fait un petit moment que ça dure, un poke innocent sur facebook, un tweet discret, quelques vidéos, mais ça y est, ce matin j'ai compris. Une illumination, une épiphanie : ils sont tellement 2.0 qu'on ne peut leur échapper, et leur but est de nous trépaner, tous jusqu'au dernier. Oui, en détaillant mes charts last.fm, en auscultant le contenu de mon ipod nano protection cuir de vache, j'ai Vu : L'empreinte poisseuse de Throatruiner records était partout. Quatre groupes, découverts (pour ma part) plus ou moins au même moment. Quatre poulains de Throatruiner. Quatre minichroniques.


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Le premier, Open The Gates Of Shambhala de Huata.

Huata, des bretons biberonnés au Sabbath évoluant dans un sludge doomy parés de tous les apparats propres aux satanistes de leur espèce : sorcières, inverted crosses, crânes et crucifixion, tout ça en tons sépia. Les rennais ne révolutionne rien du tout, ils s'enfoncent dans la vase et nous entraînent avec eux. Leur son, c'est Kristian Keyboard Production (Warsawwasraw) qui s'en est occupé. On l'en remercie, du son caca à souhait comme on aime. L'album est à télécharger en intégralité sur le myspace du groupe.

dimanche 28 mars 2010

Triptykon - Eparistera Daimones


Fondamentalement, ce premier album de Triptykon n'est pas mauvais. Il est même excellent. Le problème c'est qu'il n'y a aucun intérêt à le chroniquer. Triptykon, pour ceux qui suivaient pas pendant le cours, c'est la nouvelle formation de Thomas Gabriel Fishcher, l'homme à l'éternel combo Bonnet/Eyeliner, qu'il a formé sur les cendres encore toutes froides de Celtic Frost. Il nous avait prévenu, Triptykon s'inscrirait dans la droite lignée du son de CF 2.0, à savoir le CF de Monotheist, dernier album magistral sorti en 2006. Pari réussi pour Fischer qui nous livre ici une copie conforme de Monotheist, peut être un poil plus véloce. C'est donc forcément réussi, les ambiances sont maîtrisées, les riffs simples et efficaces, et Fischer remplit la galette jusqu'à la gueule, pour finir en apothéose sur une piste de 19 minutes. Mais rien ne surprend, rien n'interpelle vraiment. On prend son pied, on bouge la tête, mais on connaît déjà. On pardonnera à Fischer ce manque de prise de risque, en se disant qu'après plus de 20 ans au sein de CF, la transition peut prendre un peu de temps. On pardonnera ce clone réussi en espérant qu'il ne s'agit ici que d'un règlement de compte final avec le passé, en se disant que le prochain album ne pourra qu'être différent. Fingers crossed. 


dimanche 21 mars 2010

Young Widows - Old Wounds

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Je sais pas si un son de guitare m'avait autant bastonné que ça depuis ma découverte d'Unsane. Old Wounds est un hymne aux basses sadiques, aux guitares masochistes, aux futs secs et méchants. Les Young Widows ont ça dans le sang, "they got addicted at an early age", addict aux rythmiques pesantes comme un vieux bluesman, aux riffs vrillés et lancinants de Clockcleaner, aux délires vocaux plein d'écume de David Yow. 
Le camarade Ballou, pour enregistrer cet album, à suivi le groupe en tournée, piochant ici et là dans leurs prestations live et mélangeant le tout à des prises studio, pour arriver à un résultat très très très vilain. Un gros son live donc, plus ample que la plus ample de tes copines, qui sait se montrer véloce et plombé à la fois, sorte de Fugazi culturiste et enragé, en chemise de bucheron s'il vous plaît. Rarement au dessus de 3:00, les 11 titres de l'album raclent sèchement pour tailler dans le roc une masse noise rock éprouvante, véritable otoscopie au burin.


re-up involontaire, sorry

samedi 20 mars 2010

Homostupids - The Load

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Ils sont sales.
Ils jouent fort.
Ils jouent dans leur garage.
Ils s'enregistrent avec un recorder playskool.
Leur dernier méfait est sorti sur le label de Lightning Bolt et Clockcleaner.
Ils ont un nom absurde.
Des artworks rivalisant d'absurdité avec leur nom.
Leur style, c'est du shitgaze.


Ça donne pas envie?

The Dillinger Escape Plan - Option Paralysis


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Et moi qui croyait que tout le monde se touchait sur Ire Works. Apparemment non, certains ont comme moi senti la baisse de régime et le manque d'âme d'un album décousu dans le mauvais sens du terme. Ire Works, c'est un peu les chutes d'un Miss Machine, hargneux mais rachitique et prévisible, là où son prédécesseur héroïque venait rompre avec le passé (pour le bonheur de certain et le malheur de beaucoup, Calculating Infinity restant le chef d'œuvre inégalable pour de nombreux adeptes). Option Paralysis quant à lui était parvenu à aiguiser plus que de raison mon attention avec un single colossal (Farewell, Mona Lisa), ample bourrasque de plus de 5:00 et condensé parfait du nouveau DEP, dans la droite lignée de Miss Machine mais bien plus metal.

Les 5 premières pistes s'enchaînent sans véritables ruptures, avec d'une part des morceaux ambitieux (souvent supportés par un refrain au chant clair) et des titres plus courts, sortes de ricochets frénétiques agrémentés d'expérimentations en tout genre (Endless Endings nous gratifie même d'une session free-samba, pas moins.). Arrive ensuite Widower qui introduit la nouvelle donne de DEP : le piano. Et pas n'importe quel piano. Celui de Mike Garson, claviériste pour Bowie, Trent Reznor ou les Smashing Pumpkins. Piano-voix donc, pour entamer ce très riche morceau construit autour d'une ascension progressive vers un déchirement final littéralement paralysant. Morceau charnière, Widower bascule vers une deuxième moitié d'album impétueuse démontrant que DEP assure quand il ralenti la cadence (Room Full of Eyes) mais aussi quand il se lance de manière débridée dans la mêlée (Chinese Whispers, I Wouldn't if You Didn't). Billy Rimer (le nouveau batteur) est magistral et bombarde subtilement (sic) d'un bout à l'autre de l'album. Option Paralysis se clôt sur une piste plus lumineuse (à défaut d'apaisée) et mélodique à base de samples et de boucles inversées, toujours soutenus par le jeu de Garson.

Il ne m'a pas été facile de dépasser ce premier titre magistral, difficile en effet de captiver l'auditeur après un chaos dès le premier round, mais Option Paralysis en vaut vraiment le coup, mutant parkinsonien, à l'image des artworks du groupe, fiers hérauts d'un metal dont la technicité ne gâte en rien le lyrisme.


vendredi 19 mars 2010

Appollonia - Blank Solstice



Ils n'ont pas beaucoup de chance les mecs d'Appollonia. Déjà parce qu'ils ne rentrent dans une aucune case. Ou plutôt parce qu'ils essayent de rentrer dans toutes. Du coup on les retrouve généralement labellisés post-hardcore, souvent screamo. De temps à autres un barbu les affuble de l'étiquette sludge. Depuis Blank Solstice on peut aussi rajouter pop. Vous voyez un peu le topo, la liste de noms désormais bien rabâchés est inévitable : on pense énormément à Impure Wilhelmina, puisque comme les Suisses, les bordelais atteignent des sommets de mélodie tout en restant dans une violence et un matraquage parfois bovin (les premières secondes de Iota). Si tant est qu'il en existe une, Appollonia s'inscrit dans cette école Française métissant tout un panel de musique violente, screamo, hardcore, sludge etc.(de Celeste à Daïtro en passant par Aussitôt Mort, Time to Burn, Tang, voire même les plus hargneux Amen Ra) (oui, nous aurons bientôt annexé la Belgique).
 Les trois lascars savent donc faire bouger des cervicales, de manière presque primaire (To nameless sons, Acrobat, A Landscape of its Own) puis, c'est un peu leur patte, caler entre deux hurlements des passages à la guitare claire, souvent incendiés par un spoken word déchirant. On pouvait leur reprocher des envolées lyriques trop factices qui venaient ternir la fougue de leur musique (vous êtes des coreux, tabassez et arrêtez de chouiner) mais on sent aujourd'hui qu'un véritable travail a été fait pour rendre plus fluides leurs compositions. On aime ou pas leur côté pop, pas toujours pertinent (Chalk Outlines me fait penser à du bon Mickey 3D, à vous de voir) mais on ne peut nier la véritable identité que ce sont créé les mecs au fil des ans. (Un manque d'identité que votre serviteur critiquait avec grande sévérité il y à de ça 5 ans.)

Blank Solstice marque l'entrée de ces juppéistes chevronnés dans la cour des grands, on espère juste que la suite osera plus, repoussera plus de limites et sera un peu plus malsaine. Faites nous mal s'il vous plaît.


Dispo chez MusicFearSatan pour les curieux.

TV Ghost - Cold Fish


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 Je pense sincèrement que les mecs de TV Ghost sont morts. Qu'ils ne jouent pas leur musique mais qu'ils la décomposent, qu'ils la bavent sans envie. Un mois que Cold Fish tourne, un mois que je me pose des questions : Comment une musique rythmée et soit-disant dansante peut-elle autant anesthésier et paralyser? Filtrant Jesus Lizard par les mailles d'un post-punk inquiet, le quatuor de Lafayette ne pourrait se limiter qu'à jouer les déconstructeurs no wave bruyants biberonnés à Suicide. Morts, ils le sont sûrement, sortes de pantins horror punk/psychobilly, le décalage et le sourire en moins. Les orgues et l'écho permanent accentue le ressac de surf rock gâté, avec toujours l'arrière-goût de vermine fielleuse type Clockcleaner. 10 titres, 25 petites minutes dissonantes faussement dansantes donc, qui comme les meilleurs cauchemars, parviennent à malmener nos repères. 25 petites minutes comme une catabase interminable.


mardi 9 mars 2010

The Souljazz Orchestra - Rising Sun


Diantre qu'il est bon ce Rising Sun! Fichtrement langoureux, diablement dansant ce quatrième album des TSO. Savant dosage d'afro-beat fébrile (référence aux Egypt 80 et à la famille Kuti inévitable), d'ethio-jazz exalté (certains titres portent l'empreinte de Mahmoud Ahmed) et d'une larme de muzak lounge flirtant avec le kitsch. La contrebasse entêtée s'accroche à ses trois notes qu'elle va répéter jusqu'à la démence, les cuivres magistraux brament puis chuchotent, soutenus par une myriades de percussions tropicales qui finissent de nous perdre. On ne sait plus trop où on est, hagard en plein jet lag entre Addis-Abeba et Rio, avec James Brown dans la soute et Mulatu Astatke en steward. Rising Sun est d'autant plus appréciable qu'il est empreint d'un mysticisme forcément afro, animiste et radieux qui doit faire des concerts de l'orchestre de véritables cérémonies hypnothiques. Les mecs de Nova doivent être priapiques depuis un mois et ils ont raison. Ah tu voulais du easy listenning sans corpsepaint? En voilà!


lundi 8 mars 2010

Pantha du Prince - Black Noise


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Quand on en vient à parler musique, mes amis (je vous hais tous btw) m'affublent de deux surnoms. Ayathollah du rock'n'roll et Nazi élitiste chronic'art. Si seulement ils savaient... Loin d'être élitiste, je suis exigeant, et encore, certains trouvent sûrement ce blog un poil trop mainstream. Pantha du Prince dans tout ça? Eh bien le petit Pantha s'est pris une vilaine fessée dans le Chronic'art du mois dernier. Si je suis assez souvent en phase avec leur ligne éditoriale, je dois admettre qu'en musique je les trouve un peu mou du genou les gaillards. "Connectés" certes, voire même un poil trop "branchés". Du coup, voir un album à la si belle pochette (qui, je ne vous le fais pas dire, sent bon la sève de pin, le clapotis paisible blablabla) se faire humilier par Olivier Lamm, ça m'a quelque peu intrigué. Et j'ai bien fait, croyez-moi car ce disque est fantastique. Alors oui Olivier, je t'entends déjà (je sais que tu me lis frippon) me disant que je ne connais rien à la scène techno minimal de Detroit, que je ne connais pas les travaux antérieurs de PandiPantha, soit. Je ne connais d'ailleurs rien à la scène techno tout court. J'ai écouté Pills quand j'étais au collège (et encore j'ai jamais vraiment compris ce que ça faisait sur ma compil total techno 1999) et plus tard Plastikman. Et puis c'est tout. Alors pour toi Olivier, Black Noise est un gâchis gluant et emmerdant? Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai aimé l'apparition de basses caoutchouteuses rebondissantes qui m'ont rappelées le Rebotini analogique de Music Components, j'ai aimé ces hi-hats discrets, piste de danse en mode cocooning, repliée sur elle-même. Même les morceaux qui me semblaient mal engagés (Satellite Sniper) trouvaient un souffle en se dévoilant. Peut être pas un souffle mais un soupir, car cette musique n'est pas que minimale, elle est aussi miniature (rien de péjoratif ici). Nous ne flottons pas dans l'espace mais dans une goutte d'eau. Comme une goutte d'encre noire tombée dans un verre d'eau. En me renseignant un peu sur Black Noise, j'ai appris qu'Hendrik Weber s'était isolé au beau milieu des Alpes Suisses pour enregistrer du matériel sonore qui lui a servi à créer. Créer quoi? Une musique aquatique et (attention ça rime) organique comme une transe primaire, avant même que l'homme ait eu des pouces opposables, à l'époque où on rampait encore dans les eaux sombres de nappes phréatiques, avant même qu'on ait nos petites nageoires. Rien que des petites étincelles de vies luminescentes au milieu d'une immensité obscure.

mardi 2 mars 2010

Darkthrone - Circle the Wagons

 Circle the Wagons


Cette fois c'est certain, on ne les retrouvera jamais. On le sentait déjà, mais maintenant on en est sûr. Petit à petit rongés par la rouille le rock'n'roll rampant, nos deux iroquois ont quittés la civilisation. Retour à l'état sauvage, là d'où ils viennent, là où ils vont crever. On le sentait déjà depuis The Cult is Alive, qu'ils nous échappaient un peu. Chaque album depuis lors n'a fait que briser les chaînes qui entravaient la musique de Darkthrone. De plus en plus crust, de plus en plus punk, de plus en plus rock'n'roll. Insouciants, bestiaux, primitifs, Fenriz et Culto ont trouvé leur voie. Difficile maintenant  de voir un autre avenir pour cette formation culte. Au rythme d'un album  tous les 15 mois, au rythme de 10 hymnes rocailleux par album, les papes du Black Metal ont tracé leur sentier, sans regarder en arrière, sans se soucier de quiconque. Fuck off and die. Non, ils ne nous sortent pas le même album depuis 5 ans, comme j'ai pu le lire ailleurs. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Darkthrone évolue toujours, chaque fois plus putride et viscéral. S'ils œuvrent toujours dans leur necropunk marqué du sceau de l'humour et de la dérision, jamais leur musique n'a été aussi sérieuse. Darkthrone joue la facilité, c'est indéniable, mais il le fait avec tant d'engouement, de conviction et d'honnêteté qu'on ne peut qu'admirer cette charogne infâme, en attendant notre nouvelle dose.

vendredi 26 février 2010

The Sound Of Animals Fighting - The Ocean And The Sun

 


Déjà il y a cet artwork. Cette jaquette qui, fière de ses entremêlements branchus symétriques et de ses arabesques délicats, suinte le gloubiboulga Cult of Luna/ISIS/Callisto etc, à tous les coups. 
 Eh bien non. Raté.
Autre point important, visuellement, vous ne remarquez rien? Si si, ça sent l'humus, la mousse, le sous-bois,la glaise et la pluie... Bref, en un mot, ça sent l'organique tout ça. Avec en sus un tel titre d'album et un nom de groupe sauvage, il n'en fallait pas plus pour m'intriguer. Pour la petite histoire, TSoAF est un drôle d'animal, sorte de supergroupe mouvant et masqué regroupant (sur cet album tout du moins) des membres de Circa Survive et RX Bandits. D'ailleurs le moins que l'on puisse dire est que ce supergroupe est superambitieux. Alors à quoi ça ressemble, le bruit des animaux en train de se battre?  

TSoAF progresse dans une mixture psychédélique échevelée. Enracinés, notamment par leur premier album, dans un rock progressif qui sait montrer les crocs, le gang des 4 dilue sa hargne tout au long de l'album dans différentes humeurs : Avec une violence hardcore déboussolée, rappelant tour à tour Battle of Mice (les hurlements sur Another Leather Lung) ou the Fall of Troy (pour le riffing inspiré); avec précision et primitivisme, en utilisant des interludes instrumentaux noise (TP1) ou tribaux (Chinese New Year); avec inventivité et prise de risque (touches electro, polymorphie du chant) quitte à parfois s'égarer (le sympathique mais dispensable morceau éponyme). 
Tous maîtrisent parfaitement leur sujet, du chant varié aux guitares intelligemment utilisées, en acoustique autant que lors des phases plus nerveuses. La mention spéciale revient indéniablement au batteur, Chris Tsagakis a.k.a The Lynx, dont le jeu puissant, riche et syncopé est particulièrement mis en avant par le mix.

Le tout peut paraître un peu indigeste lors des premières écoutes. On a parfois la désagréable sensation que les mecs eux mêmes,  à trop vouloir surprendre leurs auditeurs, s'égarent quelque peu. De mêmes, il m'a fallu plusieurs écoutes avant d'apprécier pleinement les baisses d'intensité d'un album en dent de scie.
Ambitieux, The Ocean And The Sun l'est sans aucun doute, foisonnant de bonnes idées, parfois simplement génial. On regrettera juste qu'en lieu et place d'une véritable folie, The Ocean And The Sun ne nous livre qu'un éparpillement parfois surjoué.